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Claire GLOAGUEN

Administratrice Commission des Finances – Assemblée Nationale – Paris – Promotion 2005

Portrait réalisé par Léna LOISEAU & Smila LORINQUER – Premières années promotion 2020-2021

Son parcours

Après avoir fait deux années de classes préparatoires littéraires au Lycée Kerichen de Brest, je suis entrée directement en deuxième année à l’IEP de Rennes en 2001. J’y ai intégré la section « Service public ». Mon diplôme en poche à la fin de la quatrième année, j’ai décidé de faire la Prép’ENA dans l’optique de passer des concours administratifs. Le calendrier des concours ouvert cette année-là m’a notamment conduite à présenter deux concours parlementaires qui ne figuraient pas sur les listes habituelles de la Prép’ENA, car n’étant pas organisés tous les ans : le concours méconnu de rédacteur des débats du Sénat, puis le concours d’administrateur-adjoint de l’Assemblée nationale. Au Sénat, j’échoue de peu à l’oral mais en retiens un grand intérêt pour le droit parlementaire et pour le cadre de travail des assemblées. Cela m’incite à persévérer dans cette voie et ça marche ! Je me présente quelques mois après le concours de l’Assemblée nationale et suis reçue. 

A l’Assemblée Nationale, le corps des administrateurs-adjoints est généraliste : on pourrait presque dire que chaque changement de poste a été l’occasion d’apprendre un nouveau métier, dans la diversité des fonctions d’une administration parlementaire. J’ai commencé en 2006 au sein d’un service de gestion financière comme chargée de la gestion du régime automne des retraites des anciens députés. J’ai ensuite rejoint le bloc des services parlementaires en 2009, où j’ai occupé un poste en secrétariat de commission, à la commission des affaires sociales. Puis, j’ai intégré le protocole de l’Assemblée en 2012. C’est un service qui organise notamment les rencontres du président de l’Assemblée Nationale avec les personnalités étrangères en visite officielle en France, ainsi que la participation du président de l’Assemblée nationale et des députés aux cérémonies et commémorations nationales. J’y ai aussi travaillé sur des sujets franco-allemands, le président de l’Assemblée nationale et plus largement les députés entretenant d’étroites relations avec le Parlement allemand. 

Sur cette même trajectoire, j’ai ensuite quitté Paris pour Berlin, où j’ai occupé plusieurs fonctions dans le cadre d’une mise à disposition auprès du Parlement allemand, le Deutscher Bundestag. 

De retour à Paris et à l’Assemblée nationale en 2019, j’ai rejoint la division de la presse et de l’audiovisuel en tant que chargée des relations avec les médias français et étrangers mais aussi de l’accueil des tournages de films et documentaires au sein de l’Assemblée. J’ai également retrouvé le secrétariat du groupe d’amitié France-Allemagne, dont j’avais déjà la charge avant de partir à Berlin.  

Depuis janvier dernier, je suis administratrice à la commission des finances, après avoir réussi le concours d’administrateur de l’Assemblée à l’automne 2020. Mon travail actuel est notamment d’apporter une expertise juridique et technique aux députés de la commission des finances dans l’élaboration de la loi et dans le contrôle du gouvernement. 

Je décrirais mon parcours comme atypique, au regard de la palette des métiers que j’ai déjà pu exercer, et aussi pour avoir connu une expatriation, en tant que fonctionnaire parlementaire, ce que je n’aurais pas cru possible quand j’ai commencé à travailler à l’Assemblée nationale. 

Son année à l’étranger

Je suis partie à la Humboldt-Universität de Berlin pour mon année à l’étranger. Je me souviens de l’avoir ressenti comme une grande chance : à l’époque, peu d’établissements supérieurs avaient intégré à leur cursus un ou plusieurs semestres à l’étranger. J’en garde le souvenir d’une superbe année au cours de laquelle j’ai beaucoup appris. 

J’estime tout d’abord avoir gagné en autonomie et en indépendance. Le fait de partir étudier un an à l’étranger a naturellement fait naître beaucoup de questions, mais l’année étant obligatoire, impossible de reculer – et tant mieux ! C’est comme si Sciences Po m’avait poussée, moi et tous les élèves partant à l’étranger, à repousser nos  limites. Cette expérience fut très formatrice, avec la satisfaction particulière d’avoir relevé le défi et d’en sortir grandie. 

De plus, j’ai été marquée par le côté interculturel de l’expérience. Je parlais déjà bien la langue, mais ces deux semestres furent ma première longue immersion en Allemagne. 

Je vois aussi mon année à l’étranger comme  m’ayant ouvert de nouvelles perspectives jouant encore aujourd’hui un rôle important dans ma vie. J’ai noué de nombreux contacts amicaux au cours de mon année à Berlin et, de fil en aiguille, est toujours restée en contact avec le « monde franco-allemand ». J’étais loin de me douter à l’époque que je m’installerais de nouveau quelques années plus tard à Berlin !  

Je me souviens aussi, un an après, des retrouvailles avec ma promotion, et de passionnants échanges sur les expériences de chacun, partis aux quatre coins du monde : l’année à l’étranger, c’est aussi partager et échanger au retour sur ce que chacun a vécu. 

Un fait marquant

Une chose m’a beaucoup marqué  : la richesse de la vie associative à Sciences Po Rennes et l’implication des élèves sur des thématiques très variées. C’est selon moi une occasion de s’engager, de prendre des responsabilités, d’organiser et de participer à des événements. J’étais notamment membre de l’association Zéphyr, qui s’occupe de l’accueil des étudiants étrangers pour favoriser leur intégration. Je me souviens, lors de ma quatrième année, d’une forte implication de ma promo, revenant de l’étranger : comme si c’était l’occasion, après avoir expérimenté l’arrivée dans une ville étrangère, de tendre la main à ceux qui en faisaient l’expérience, à Rennes, et d’échanger avec eux sur leur perception de la scolarité, sur leurs difficultés éventuelles et plus généralement sur leur regard sur la France. 

Ses attentes

J’ai notamment intégré Sciences Po Rennes pour sa multidisciplinarité, aussi par intérêt pour la section « Service public ». J’y ai acquis des savoirs, des connaissances, ainsi que des méthodes de travail qui me sont encore utiles aujourd’hui. Je qualifie ma scolarité comme m’ayant permis de constituer une « boîte à outils », pour construire de manière autonome ma vie professionnelle. 

D’après mes souvenirs, il me semble avoir manqué en section « Service public » et en prep’ENA d’un éclairage plus concret sur « l’après-concours », tout en reconnaissant qu’il était normal, vu le niveau d’exigence attendu, que les enseignements portent principalement sur les matières des concours. J’encouragerais des présentations par des professionnels tout au long de l’année, au-delà de la « journée des métiers », ainsi que des mises en situation professionnelles ne se limitant pas aux épreuves du concours.

L’avenir de Sciences Po Rennes 

Au cours des 30 prochaines années, j’espère tout simplement trouver 30 promos aussi belles que les 30 précédentes. J’espère aussi que l’école réussira à trouver un équilibre pour continuer à se développer tout en gardant la qualité des relations entre élèves et communauté enseignante.  

La raison d’être de Sciences Po Rennes 

“La recherche de l’excellence à taille humaine, ancrée dans les territoires et ouverte sur le monde, sur un terreau interdisciplinaire, pour former des citoyens et des futurs professionnels capables d’évoluer avec agilité, autonomie et esprit critique dans la société et dans leur univers professionnel. » 

Ses conseils

Pour se faire une idée plus précise des métiers, je recommande d’échanger avec des professionnels. De plus, quand c’est possible, une immersion, même d’une semaine ou deux, est toujours intéressante. 

Pour cela, il faut dépasser l’hésitation de contacter quelqu’un par mail, par exemple un ancien élève de l’école, et ce n’est pas forcément facile, c’est pourquoi je vous suggère de penser à ceci : après avoir connu la situation « miroir », à savoir être la personne qu’on interroge – y compris dans le cadre de cette interview !- je constate qu’on n’imagine pas forcément que la personne interrogée se réjouit à cette occasion de l’intérêt qu’on porte à son travail ou à son expérience. C’est une habitude d’autant plus bonne à prendre qu’elle nous suivra d’une façon ou d’une autre toute notre vie professionnelle, qu’on envisage de changer d’organisation, de poste, de métier etc. 

Pour moi, il est donc important de prendre et d’écouter les conseils professionnels, tout en écoutant sa propre petite voix. Parfois, des amis ou des connaissances voulant nous mettre en garde en toute bienveillance contre des échecs possibles peuvent, sans le vouloir, nous inhiber. Or, qui ne tente rien n’a rien, comme dit le dicton ! D’autant que ces personnes n’ont parfois qu’une vision partielle de la situation, ou celle-ci peut tout simplement évoluer. Inversement, ce sont parfois des paroles encourageantes de personnes nous connaissant bien qui nous poussent à relever un challenge qui nous semble difficile – Je me souviens notamment de mon chef de service me poussant l’année dernière à présenter le concours d’administrateur. 

Il faut cultiver sa chance et croire en soi. Autrement dit, être curieux, saisir les occasions, cultiver son réseau (en commençant par exemple par celui de sa promo), être attentif aux rencontres se présentant sur notre route. La vie professionnelle n’est pas linéaire, elle n’est pas non plus tracée à l’avance : chacun est moteur de son parcours professionnel. Pour moi, même si c’est une évidence, c’est important de le répéter.